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Entrevue réalisée par Richard Hawey pour Profil.

 

Avant de commencer cette entrevue, je desire vous remercier pour votre grande collaboration.

 

 

Qui est Erik de Beer ? Un résumé sur votre parcours musical serait apprécié ?

Je suis né en 1958 à La Haie, ville Néerlandaise très importante en ce qui concerne la musique rock. La moitié des groupes importants des Pays-Bas est originaire de cette ville. Après avoir achevé le lycée, j’ai étudié au conservatoire de musique. Après avoir terminé mes études de musique classique, j’ai commencé à travailler comme professeur de clavier et guitare. Cependant j’ai toujours joué avec des groupes de rock symphonique et cela depuis 1975, j’évoluais alors comme claviériste et comme guitariste. Pendant mes études, j’ai travaillé dans un magasin d’instruments de musique, spécialisé en synthétiseurs. Ainsi j’ai eu la chance de toucher aux dernières technologies les plus avancés de l’époque, car j’étais obligé de suivre des cours, organisés par les fabricants, comme Moog Music. Aujourd’hui mon amour pour les claviers analogiques est encore bien vivant !

 

Comment est venue l’idée de former Life Line Project ?

Comme professeur de musique je devais surtout me consacrer aux goûts et intérêts de mes élèves et ainsi j’ai commencé à m’éloigner de ma musique préférée, le rock progressif. En 1988 j’ai décidé de me créer une ligne de sauvetage (life line) sous la forme d’un projet de studio. Au début, je jouais tous les instruments avec la seule participation d’une chanteuse, Anja Dirkzwager. Sur scène, nous avions des musiciens invités.

 

 

Vous venez tout juste de sortir le septième album de Life Line Project qui s’intitule « The Journey », pouvez-vous nous en parler ?

J’ai toujours considéré « Journey To The Heart Of Your Mind », titre occupant entièrement le premier disque, comme mon œuvre la plus personnelle. Je l’ai écrite en 1990 à un moment difficile de ma vie, ma femme souffrait d’une dépression et de mon côté, j’ai dû démarrer ma propre école de musique après un conflit avec l’école où j’enseignais. Il me reprochait les leçons gratuites que je donnais dans mes temps libres pour les jeunes à problèmes. Je suis un produit des années ’70 et je n’ai jamais touché aux drogues et j’ai toujours lutté contre les toxicodépendances des jeunes. Grâce à un petit héritage, j’ai pu continuer mes différents projets dans ma propre école. « The Journey » raconte l’histoire d’une personne à la recherche de soi-même. Dans cette histoire j’ai intégré les événements de 1990, et des personnages comme Envy (envie), Miss Fortune (la fatalité) ou le manager (King of Make-Believe) qui essaient de dérober le personnage principal, de son succès. Au bout du voyage il apparaît, pour la personne, que ce n’est pas possible de vraiment se connaître ou de comprendre la signification du monde.

 

En 1990 « The Journey » n’était qu’une cassette démo sur laquelle je jouais tous les instruments moi-même, laquelle a été, néanmoins, bien reçue par les magazines. En 2004, j’ai essayé de la produire mais ça n’a pas fonctionné. Mais en 2010, après avoir retrouvé ma chanteuse favorite Marion Brinkman-Stroetinga, j’ai décidé que je pouvais finalement faire la version définitive. Afin de pouvoir compléter l’album, j’avais besoin de seize musiciens que j’ai recrutés. Le deuxième disque est chargé de 9 autres titres, construit autour du titre principal « The Narrow Path », il montre une autre facette du groupe. Il y a des pièces plutôt classiques pour flûte et claviers, hautbois et claviers ou totalement acoustique comme « Collage ’11 ». Il y a aussi une pièce chantée par la première chanteuse du projet Anja Dirkzwager.

      

On remarque que sur les albums précédents le line-up varie, est-ce qu’il y a une raison particulière ?

Life Line Project a toujours été un projet et ainsi on peut toujours ajouter les musiciens nécessaires. A partir de 2003, le projet commençait à se changer graduellement en groupe. Toutefois dès 2007 la base n’a presque plus changée. Lorsqu’il y a des besoins particuliers comme d’une violoniste, on en cherche une, ou si l’histoire d’un projet exige plusieurs chanteurs, ils sont engagés. Le fondement du groupe est formé par les claviers, guitares, basse, batterie, flute & hautbois. Sur les albums avant 2003, comme l’instrumental « Beyond Time » (1994) et « Time Out » (1995) où Marion chante, je joue tous les instruments. Sur « Beyond Time » j’ai ajoutées quelques pièces bonus enregistrées en concert avec un groupe complet.

 

Comment se fait le recrutement du groupe, comme pour « The Journey » par exemple ?

Grâce à mes activités avec le Tempesta Consort, un ensemble baroque un peu comparable avec votre Tafelmusik, dirigé par Jeanne Lamon, je n’ai pas trop de difficultés en trouver les bois ou les cordes nécessaires pour mes projets. Trouver les chanteurs appropriés c’est plus difficile à cause de notre budget limité. Ainsi je cherche chez les groupes que je connais.

 

Est-ce qu’il y a une tournée de prévu pour la promotion du dernier album ?

Ce serait formidable, mais depuis ma maladie (un sarcoïdose très disséminé), j’ai peur que ce ne soit plus possible.

 

Le futur pour Life Line Project, comment le voyez-vous ? Un DVD peut-être ?

En ce moment-ci nous sommes en train de faire la version définitive de notre autre magnum opus « Duplo », le petit bonhomme du plectre. Marion Brinkman-Stroetinga sera de nouveau la chanteuse sur le nouvel album.

En partant du principe que l’on fait du progressif, croyez-vous qu’il est possible de vivre de sa musique aujourd’hui ?

Non, surtout que le rock progressif est un style que l’on doit aimer fortement, sinon c’est impossible de pouvoir continuer. Je ne peux pas vivre de ma musique, mais je ne peux pas vivre sans ma musique non plus ! Un nouvel album terminé et je suis l’homme le plus heureux du monde. Chez Life Line Project nous finançons chaque nouvel album avec les « profits » des albums précédents, mais pour pouvoir vivre il me faut donner des leçons de musique et même ça devient plus difficile en raison de la compétition avec les jeux d’ordinateur. Heureusement je vis dans un petit village où je suis une des seules attractions avec mon école de musique !

 

Quels sont vos goûts musicaux de façon générale ? Vous écoutez d’autres groupes progressifs ?

J’aime beaucoup écouter la musique des compositeurs « classiques » du vingtième siècle et la musique baroque, mais j’aime aussi beaucoup la musique folk, parce que je crois que cette musique est le berceau de toute la musique qui vient du cœur. J’écoute beaucoup d’autres groupes progressifs et je préfère surtout les groupes sud-européennes et sud-américains, parce j’aime la plus grande chaleur et intimité qui résonnent dans leur mélodies et harmonies. Un claviériste que j’apprécie beaucoup c’est le musicien suédois Lalle Larsson.

Depuis toutes ces années, quelle est votre plus beau souvenir ?

Je crois que ce soit la réformation du projet, après la partie la plus grave de ma maladie en 2007, avec trois de mes élèves, les guitaristes Jason Eekhout & Jody van der Gijze et la bassiste Iris Sagan. C’était comme débuter une nouvelle vie ! C’est à ce moment que nous avons réalisé « The Finnishing Touch ».

 

Avez-vous le temps de relaxer un peu, quelles sont vos passes temps favoris ?

La plupart des temps je bosse dur, mais pendant mes moments libres j’aime beaucoup lire des livres dans toutes les langues que j’ai appris, c'est-à-dire je lis beaucoup en français, italien, espagnol, portugais et roumain. Pendant mes vacances, j’aime beaucoup visiter les villes sud-européennes avec ma femme.

 

 

Avez-vous un rêve que vous aimeriez réaliser ?

Un jour pouvoir enregistrer en toute liberté dans un des studios les plus grands du monde pour ainsi pouvoir réaliser un qualité du son parfaite.

 

Merci Erik!