Michel DELVILLE

Photo courtoisie de Jos KNAEPEN

 

Michel Delville est né à Liège en Belgique et il est le fondateur du groupe Wrong Object, groupe fondé dans la même ville qui l’a vu naître. Alliant les énergies cosmiques du Nu-Jazz avec les sensibilités de rock moderne et des appareils électroniques, la musique de Wrong Object est influencée par un large éventail d'artistes allant du rock progressif proche du Canterbury à la Soft Machine, de Gong à Béla Bartok, Squarepusher, Aka Moon, Charlie Mingus, Sonic Youth et Frank Zappa. J’ai voulu en savoir plus sur ce musicien, je l’ai donc contacté pour connaitre son intérêt pour une entrevue et comme vous le constater, il a accepté. Si vous ne connaissez pas le Nu-Jazz et que vous êtes curieux, je vous suggère fortement la lecture de cette entrevue.

 

 

 

Tout d’abord merci de répondre à mes questions.

 

 

 

Le groupe The Wrong Object est peu connu au Québec, vous voulez nous présenter brièvement la philosophie du groupe, qui est à géométrie variable, je crois?

Le groupe est né à Liège fin 2001 mais son rayonnement international n’a commencé à croître qu’en 2004, date à laquelle nous avons initié une collaboration avec Ed Mann, le percussionniste de Frank Zappa dans le cadre du festival Zappanale en Allemagne. Depuis cette époque, on a continué à développer notre interprétation du répertoire de Zappa en live tout en produisant des disques présentant majoritairement des compositions originales. Le premier disque officiel - celui qui a inauguré notre collaboration avec le label MoonJune de Leonardo Pavkovic, avec qui nous travaillons toujours aujourd’hui - est un album live réalisé avec Elton Dean (ex-Soft Machine) sur base d’un répertoire conçu en vue de cette collaboration. On peut dire que le Wrong Object est un groupe à géométrie variable dans la mesure où nous faisons régulièrement appel à des invités (Harry Beckett, Annie Whitehead, Benoît Moerlen, Stanley Jason Zappa, …) pour des projets spécifiques. Cela dit, nos albums studios sont organisés autour d’un line-up stable et de nos propres compositions.

 

Quelles sont les principales caractéristiques musicales de Wrong Object? Et quelles sont vos principales influences musicales?

Nos influences vont de Stravinsky à Aka Moon, en passant par Mingus, la Canterbury School, Squarepusher, Brad Meldhau, le psychédélisme, le post-rock … sans oublier Zappa, évidemment. Plus récemment, on a élargi notre palette de sons électroniques dans la mesure où les claviers d’Antoine Guenet (Univers Zero) se sont adjoints à ma guitare-synthé. 

 

 

À ce que je sais et si mes informations sont exactes vous enseignez la littérature à l’Université de Liège, qu’est-ce qui vous a amené à la musique et surtout d’en faire quasiment à plein temps?

J’ai démarré la guitare classique à l’âge 14 ans, ai étudié six ans à l’académie, puis suis parti pour les Etats-Unis où je me suis tourné vers le rock et le jazz-rock, domaines dans lesquels je suis autodidacte. Je travaille à temps plein à l’Université de Liège, où je dirige des recherches interdisciplinaires (entre autres sur la boucle et la répétition) qui me rapprochent plus qu’auparavant de mes activités musicales. La musique occupe une place essentielle dans ma vie, et mes activités et projets se sont multipliés au cours des quinze dernières années. Heureusement, il reste les soirées et, souvent, les nuits … Disons que mon agenda est bien rempli !

 

 

Vous voulez nous parler de votre dernier album « After the Exhibition »?

 

Volontiers – je suis fier de cet album, qui est généralement considéré par la presse et le public comme le meilleur que le groupe ait produit jusqu’à présent. Après une période de transition due à un changement de personnel assez radical (le batteur Laurent Delchambre et moi-même sommes les seuls survivants du line-up de « The Unbelievable Truth », notre premier album officiel sorti en en 2005), nous avons réussi à mettre sur place un nouveau répertoire et, surtout, à développer un son propre tout en restant ancrés dans la continuité de nos albums précédents. C’est un album varié mais, selon moi, d’une grande cohérence et qui bénéficie d’un vrai esprit de groupe, avec comme cerise sur le gâteau la présence de Susan Clynes à la voix et de Benoît Moerlen (ex-Gong, Mike Oldfield, …) au marimba et au vibraphone.

 

 

Plusieurs s’accordent pour dire que cet album est le plus accessible de votre discographie, vous êtes d’accord ?

 

Oui, paradoxalement, c’est notre album le plus complexe mais aussi le plus accessible. Il est très riche en termes de recherche sonore, de polyrythmie, d’harmonie et de polyphonie, mais ce que le public et les critiques retiennent souvent –à juste titre - c’est la prédominance de mélodies accrocheuses, un certain lyrisme et des morceaux sur lesquels on peut taper du pied, voir même danser si le cœur vous en dit …

 

 

 

 

« After the Exhibition » est mon premier contact avec The Wrong Object mais j’ai eu le privilège de vous écouter sur le dernier album de douBt « Mercy, Pity and Peace and Love ». Vous pouvez nous parler de votre expérience avec douBt et Alex Maguire?

 

J’ai rencontré Alex pour la première fois à un concert du Bash de Pip Pyle. Ensuite, il a joué et enregistré un CD avec The Wrong Object (album paru sous le nom d’Alex Maguire Quintet). En 2009, Leonardo Pavkovic – qui n’est jamais à court d’idées pour promouvoir la cause des musiques nouvelles – nous a proposé de fonder un « power trio », et nous avons trouvé en Tony Bianco le partenaire idéal pour réaliser notre premier album dans les studios de Beppe Crovella (Arte & Mestieri) en Italie, et en compagnie de Richard Sinclair, invité sur l’album mais qui a participé à nos tournées japonaises et européennes en 2010. Alex, Tony et moi-même ont ceci en commun que nous avons tous collaboré avec Elton Dean – malgré nos différences, nous parlons quelque part le même langage et avons des références communes, que ce soit dans le jazz, dans les musiques improvisées ou dans le rock progressif (Alex avait remplacé Dave Stewart dans la dernière incarnation de Hatfield and the North, dont nous avons repris certaines compos sur scène avec Richard.)

 

 

Je crois savoir que vos collaborations avec d’autres musiciens très connus sont nombreuses. Croyez-vous que la musique jazz fusion ou nu-jazz soit en danger? Est-ce qu’il y a une relève pour ce style de musique?

 

Je m’efforce depuis des années à apporter un élément de réponse à cette question en tentant de repousser les limites de ces genres dont on dit parfois qu’ils sont délaissés ou essoufflés. C’est un travail qui a été reconnu par la critique, particulièrement en ce qui concerne les derniers CD du Wrong Object et de douBt. Ce sera aussi le cas du prochain CD de Machine Mass feat. Dave Liebman. De manière plus générale, la relève est assurée avec des groupes comme Led Bib, Elephant9, Jaga Jazzist, I Know You Well Miss Clara (groupe indonésien récemment révélé par MoonJune), certains albums de Dave Douglas et de John Zorn, et d’autres encore.

 

Je n’ai jamais considéré que je travaillais dans le domaine de la musique « fusion », un terme qui évoque trop le déclin du jazz progressif et sa mise à mort artistique et intellectuelle à la fin des années 70 dans les années 1980 : la vraie question est de savoir comment on est passé du Bitches Brew de Miles Davis, du Lifetime de Tony Williams, du Hot Rats de Zappa, de Third de Soft Machine au easy-listening de David Sanborn ou de Kenny G. Je n’ai pas de réponse courte et précise à cette question, mais je pense que le futur des musiques alternatives en général passe par une relecture de ce que la musique du 20ème siècle a fait de mieux - tous genres confondus - et une ouverture aux tendances actuelles : préférer la friction à la fusion, les véritables rencontres aux dilutions, les affrontements à la nostalgie … Autrement dit, plutôt que de faire du rock « jazzy » ou encore du pseudo-jazz aux accents rock ou funk, se poser la question de savoir ce que peut apporter Bartok, Messiaen, Coltrane, Amon Tobin ou Radiohead à une meilleure compréhension du phénomène musical dans son ensemble et, ensuite, permettre à sa propre imagination de se nourrir de cet univers d’une richesse incommensurable.

 

 

J’observe ici au Québec que la musique progressive au sens large du terme est surtout appréciée par les personnes âgées entre 40 et 60 ans, est-ce le même phénomène en Belgique? Croyez-vous que les plus jeunes pourraient être intéressés par ce style de musique?

 

Oui, je suis plutôt confiant : les publics de certaines artistes « nu-jazz » que j’ai mentionné tout à l’heure intéressent un public jeune. Le problème, c’est que ça ne passe pas ou peu à la radio et que les programmateurs sont souvent trop frileux, à tort car on ne prépare pas la relève du public en n’opérant que des choix consensuels. Au Québec, le FIMAV (où j’ai eu l’occasion de jouer avec Comicoperando en 2011) est un exemple à suivre dont certains programmateurs européens et étatsuniens devraient s’inspirer.

 

 

Croyez-vous qu’il soit possible de vivre de sa musique aujourd’hui?

 

Oui, mais le plus souvent au prix de concessions et de compromis douloureux, surtout si le revenu n’est pas complémenté par un poste d’enseignant. Un des avantages d’opérer en dehors des circuits traditionnels est de bénéficier de la liberté la plus totale en matière de choix artistiques. C’est le cas au sein du label MoonJune : Leonardo Pavkovic y effectue un travail colossal qui débouche sur la découverte de nouveaux talents tout en intégrant de grands noms comme Allan Holdsworth, Vinnie Colaiuta, Chad Wackerman, Paolo Fresu, Gary Husband, et, plus récemment, Dave Liebman avec qui Machine Mass (mon duo avec Tony Bianco) va sortir un album studio en février 2014.

 

 

Depuis vos débuts, quel est votre plus beau souvenir ?

 

C’est difficile à dire – il y eu des concerts et des enregistrements mémorables, mais je conserve surtout le souvenir des rencontres et des dizaines de musiciens fantastiques avec qui j’ai eu la chance de jouer jusqu’à présent.

 

 

Quel est le rêve que vous aimeriez réaliser ?

 

Continuer à jouer et à faire jouer la musique qui me trotte dans la tête et que je n’entends pas ailleurs.

 

Quels sont vos futurs projets ?

 

Porter sur scène les derniers CDs du Wrong Object, de douBt et de Machine Mass, travailler à de nouveaux morceaux et arrangements pour ces groupes, développer le « power trio » Ensemble Mosae (avec Laurent Delchambre à la batterie et Damien Campion à la basse), faire un album de chansons avec Beppe Crovella, ... Il y a aussi un tout nouveau projet très emballant: une collaboration entre le Wrong Object et l’Orchestre Philharmonique de Bruxelles qui verra le jour au printemps 2014 mais dont le contenu est encore confidentiel –

 

Photo courtoisie d'Elisabeth WALTREGNY

 

Vous avez le mot de la fin…

 

Ma citation favorite de John Coltrane : “I start in the middle of a sentence and move both directions at once”, une manière de défier la linéarité du temps et de renverser le cours de l’histoire. Coltrane a réussi cela et reste un modèle de courage et d’intégrité.

 

 

 

Merci de nous accorder de votre temps qui est certainement précieux.

 

Merci à vous de m’avoir donné la parole.

 

 

 

Michel Delville

 

www.micheldelville.com

 

www.moonjune.com

 

 

 

Entrevue réalisée par Richard Hawey

 

27-12-13

 


NOUVEAUTÉS À VENIR

Après un long silence de 12 ans voici qu'on annonce un nouvel album pour la formation des Pays-Bas TRIANGLE.

Un groupe qui décide de s’appeler Standing Ovation parait de prime abord prétentieux. Ces 6 finlandais nous ont présentés en 2012 leur premier album "The Antikythera Mechanism". Et voici maintenant leur second "Gravity Beats Nuclear". Les références sont nombreuses, Spock's Beard, Dream Theater pour ne nommer que ceux-là.

 

MOTORPSYCHO nous présente leur quinzième album studio, il a pour titre « Here Be Monsters ».

Et oui un nouvel album pour cette formation suédoise qui paraitra le 14 mars sous le titre "Seaside Air". Une entrevue avec le groupe est prévue. À suivre!

Trio américain auteur d’un premier album baptisé "A is for Ampledeed" en 2013, Ampledeed est assurément une formation originale.

 

Évolutif, moderne et conséquent - sur When We Were Beautiful, DANTE a pris le meilleur des albums précédents pour créer un chef-d’œuvre musical. Disponible sur Gentle Art of Music le 18 mars.

 

 

SECTION IV est une nouvelle formation du Royaume Uni qui offre avec "Superhuman"une musique progressive accessible, remplie de richesses sonores qui rempliront vos oreilles. À découvrir !

 

 

EL TUBO ELÀSTICO, un jeune quatuor originaire de Jerez au sud de l’Andalousie, qui nous présente leur premier album éponyme.

 

 

PROFUNA OCEAN

In Vacuum

FREIA Music

TERRA INCOGNITA FESTIVAL

ROCK PROGRESSIF  

20, 21 & 22 MAI 2016   Québec


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